Vu du ciel
Deux foyers, un panache, deux orages
Un feu de forêt, c'est d'abord un drame au sol. Mais il laisse aussi une trace nette dans le ciel, et depuis l'espace on la lit d'un coup d'œil : le point chaud du foyer, la traînée grise de la fumée, et la météo qui l'entoure.
L'animation ci-dessous couvre vingt minutes, en couleurs quasi naturelles (trois images du satellite, une toutes les dix minutes). On distingue deux départs de feu voisins (cercles rouges) ; le panache de fumée, gris-bleuté, s'en échappe et s'étire vers l'ouest. Autour, les bourgeons orageux blancs se développent : Fontainebleau se trouve dans une trouée d'air sec coincée entre deux zones d'averses.
MTG FCI · couleurs naturelles, 17 h 28 → 17 h 48 (locale). Les deux cercles rouges marquent les deux départs de feu ; la traînée grise est la fumée, qui s'étire vers l'ouest-sud-ouest. Villes et limites de départements en repères. Résolution native 1 km (visible) / 2 km (infrarouge). © EUMETSAT · Meteociel.fr.
La signature thermique
Comment on repère un feu à 36 000 km
Le satellite Meteosat-12 combine plusieurs « couleurs » invisibles. En superposant l'infrarouge à 3,8 µm (le feu) au proche-infrarouge à 2,2 et 1,6 µm, on obtient une image où seul un vrai foyer s'illumine en orange vif.
Composition « Fire Temperature » (3,8 / 2,2 / 1,6 µm), 17 h 28 → 17 h 48. Les deux foyers s'auto-illuminent en rouge-orange (cercles « foyers ») sans aucun seuil : c'est leur propre rayonnement qui les trahit. Végétation en vert, nuages en bleu, limites de départements en gris clair. © EUMETSAT · Meteociel.fr.
La « température de brillance » n'est pas la température des flammes : c'est la moyenne du pixel de 2 km, largement chauffée par la fraction brûlante qu'il contient. Un foyer qui pousse cette moyenne à 328 K abrite, dans le détail, des flammes bien plus chaudes. Surtout, le foyer persiste et se renforce d'une image à l'autre, ce qui écarte un reflet solaire passager.
| Heure (loc.) | Latitude | Longitude | Brillance 3,8 µm | Anomalie | Amas |
|---|---|---|---|---|---|
| 17 h 28 | 48,357 N | 2,532 E | 321 K | + 26 K | 8 px |
| 17 h 38 | 48,392 N | 2,648 E | 322 K | + 18 K | 10 px |
| 17 h 48 | 48,391 N | 2,534 E | 328 K | + 20 K | 9 px |
Le tableau suit le foyer le plus intense de chaque image (les deux départs, distants de ~8 km, alternent au sommet). Secteur ouest du massif, entre Étampes et Fontainebleau ; la brillance grimpe jusqu'à 328 K.
Confirmation au radar
La fumée aussi renvoie l'écho
Le satellite n'est pas seul à trahir le feu. À une soixantaine de kilomètres de là, le radar de Trappes balaie la région toutes les cinq minutes. Sur sa réflectivité brute, avant tout filtrage anti-parasites, apparaît un écho léger, détaché des orages : le panache de fumée.
Radar de Trappes · réflectivité brute, 17 h → 18 h 25 (locale). L'écho de fumée naît aux foyers (cercles « FEU ») et s'étire vers l'ouest-sud-ouest au fil des balayages. Les échos denses près du radar sont les averses ; la nappe diffuse est du « ciel clair » (insectes, propagation), le lot habituel d'une image non filtrée. © Météo-France · Meteociel.fr.
Un feu injecte dans l'air des cendres, des suies et de fines gouttes : autant de cibles minuscules qui renvoient un peu de l'onde radar. Le signal est faible, d'ordinaire gommé par les filtres qualité, mais sur la donnée brute il devient lisible, et surtout il bouge : il part du foyer et file avec le vent. C'est ce déplacement qui le distingue d'un simple écho fixe, et qui raconte le même récit que le satellite.
Le contexte météo
Entre deux orages, une fenêtre sèche
Le plus frappant sur les images, ce n'est pas seulement le feu : c'est sa place dans la circulation de l'air. Deux flux différents se croisent au-dessus de la région.
Les deux foyers se tiennent vers 48,39 N, entre 2,53 et 2,65 E, à la limite de l'Essonne et de la Seine-et-Marne, dans le secteur ouest du massif (Trois Pignons). On les repère sur toutes les images ci-dessus aux cercles rouges.